Mise au point sur la grève contre le CP
Le 29 mai 2007
Chères Consours,
Chers Confrères,
Vendredi dernier, le 25 mai, le président et chef de la direction du CP, Fred Green, a fait publier sur le site Web CPR.ca une lettre adressée aux directeurs, superviseurs et cadres de remplacement des services d'ingénierie. La lettre en question visait à gonfler le moral très à plat de ces travailleurs de remplacement et à réagir au nombre croissant de plaintes de clients et de questions des actionnaires. En sa qualité de président et chef de la direction du CP, M. Green ne fait que son travail au même titre que notre travail consiste normalement à protéger les voies afin d'assurer la circulation sécuritaire des trains. Mon intention n'est jamais de détourner l'attention des véritables enjeux, alors je ne répondrais normalement pas à une telle lettre. Toutefois, dans le cas présent, pour remettre les pendules à l'heure, certaines déclarations qui ont été faites méritent, à mon avis, d'être commentées.
M. Green invoque ce qu'il appelle les « paramètres » de la compagnie. Il fait ainsi référence aux données relatives à l'exploitation de la compagnie. Il y parle de volumes, de fluidité et d'ordres de marche au ralenti. Dans le fond, il affirme que les activités se déroulent à pleine capacité (voire mieux).
Fred Green a droit à ses opinions, mais quiconque participant directement aux activités d'exploitation sur le terrain sait fort bien que la réalité est tout autre. Ça ne prend pas un journaliste d'enquête pour comprendre ce qui se passe. Il suffit de se rendre dans une cour de triage de ces jours-ci pour y constater les délais, les retards et la congestion. Des membres du personnel itinérant et des CCT nous font état de retards importants dans l'horaire des trains partout. De plus, les délais, les retards et les innombrables ordres de marche au ralenti ont été corroborés à répétition par les cadres sur place (qui, pour des raisons évidentes, souhaitent garder l'anonymat) ainsi que les GBO.
Il n'y a donc rien à comprendre dans la décision du CP de déclarer à ses travailleurs de remplacement, clients et actionnaires que tout va pour le mieux, mais je tiens à rappeler à vous toutes et tous les intentions véritables du CP.
M. Green invoque les activités « illégales » des piqueteurs. N'oubliez pas que vous êtes légalement autorisés à piqueter devant les installations du CP et les installations de ses chemins de fer secondaires. Ce droit a été confirmé par la Cour suprême du Canada.
M. Green peut prétendre que le droit d'ériger des piquets de grève se limite au droit de tenir une affiche et de saluer poliment les gens qui choisissent de franchir la ligne de piquetage. Mais la loi ne lui donne pas raison. Nous menons une grève légale et notre piquetage est légal. Il ne s'agit pas de piquetage d'information. Nous avons le droit de nous adresser aux gens qui souhaitent traverser pour tenter de les convaincre (légalement) de ne pas le faire. L'injonction de la semaine dernière à Vancouver n'a pas été prononcée en raison d'activités illégales des piqueteurs mais parce que de nombreuses gens qui ne voulaient pas franchir notre ligne de piquetage se sont arrêtés pour nous parler. Évidemment, cela a créé une congestion monstre et de nombreux problèmes pour le CP. Mais l'employeur doit s'attendre à ce que ses activités seront perturbées en temps de grève.
Mr. Green affirme avoir été informé « d'incidents de vandalisme et d'autres formes de destruction de (notre) propriété ». Oui, de telles allégations ont été faites. Mais gardez à l'esprit que des allégations ne sont justement que des allégations. Rien n'a été prouvé. À ma connaissance, il n'y a eu aucun véritable incident de vandalisme et aucune accusation n'aurait été portée à la suite d'une offense contre la propriété depuis le début de la grève. À ma connaissance, aucune accusation criminelle n'a encore été déposée contre des piqueteurs depuis le début de la grève. En réalité, le superviseur du CP Libbey m'a dit (et ses dires ont été corroborés dans un affidavit) qu'une enquête a été menée sur un incident de vandalisme dans lequel un piqueteur était soupçonné. L'enquête a permis de conclure qu'aucun piqueteur n'était en cause.
Voici un commentaire que M. Green formule dans sa lettre qui me dérange particulièrement :
« Les médias et le grand public continuent de nourrir un intérêt sélectif pour notre situation, intérêt qui est stimulé principalement par les commentaires incendiaires du président du syndicat sur les matières dangereuses, les risques de déraillements et l'incompétence des travailleurs de remplacement. Rien dans les faits n'appuie ces commentaires, qui ont été rendus facilement caduques. »
Ce commentaire laisse sous-entendre que j'ai tort de m'inquiéter des matières dangereuses, des risques de déraillements et de l'incompétence des travailleurs de remplacement appelés à effectuer notre travail.
En dépit des déclarations de M. Green, que vérité soit dite : l'état actuel des voies nous inquiète toutes et tous. Et tous les préposés à l'entretien des voies savent de quoi je parle. Personne ne veut apprendre d'un autre déraillement. Nonobstant le risque de blessures personnelles, le CP transporte quantité de matières dangereuses dont le déversement pourrait avoir de très graves conséquences. Nous et nos prédécesseurs assurons l'entretien des voies de la compagnie depuis plus d'un siècle. Personne ne peut le faire mieux que nous. Les travailleurs de remplacement actuellement à l'ouvre sont pour la plupart des employés de bureau, et ils n'ont tout simplement pas les capacités et l'expérience nécessaires pour le faire. Nos préoccupations concernant la sécurité des voies sont donc parfaitement légitimes et réelles.
M. Green invoque également les négociations et affirme que le syndicat s'est montré déraisonnable en revendiquant une augmentation de salaire de 13 % sur trois ans. Dans les faits, M. Green tente de rejeter nos préoccupations du revers de la main en affirmant que « nous ne dérogerons pas de notre entente type ».
Cependant, ce que M. Green omet - ou refuse - de reconnaître est le fait que nous sommes les syndiqués les moins bien payés du chemin de fer. Ce que la compagnie soutient, c'est ce si un groupe d'employés obtient une augmentation de salaire annuelle de 3 %, tous les autres doivent obtenir la même chose. Mais si un employé gagne 40 000 $ par année tandis que l'autre en gagne 80 000 $, dans le scénario d'une augmentation de 3 %, le premier touchera 1200 $ de plus tandis que le deuxième verra sa rémunération majorée de 2400 $. En quoi cela est-il équitable et juste? Il est facile de voir comment, au fil du temps, l'écart salarial entre ces deux employés se creusera. Nous prétendons que le moment est venu de combler cet écart et de traiter tous les employés du CP sans exception avec l'équité et le respect qu'ils méritent.
M. Green n'en fait pas mention, mais les négociations entre les parties achoppent sur plus que l'entente type. En cause sont également les avantages sociaux, les règles de travail, le remboursement des dépenses, l'ancienneté, la santé et sécurité, les allocations pour achat de vêtements de travail et j'en passe. Certains de ces problèmes sont profondément enracinés et pourraient avoir des répercussions majeures sur plusieurs d'entre nous (par exemple, l'agrandissement considérable des territoires d'ancienneté de beaucoup d'employés des PEV).
Enfin, M. Green indique que « nous demeurerons ouverts à toute possibilité de reprendre des pourparlers constructifs avec la CFTC DPEV qui se présente ». Le syndicat a déjà modifié sa position et présenté deux propositions à la compagnie, lesquelles sont demeurées sans réponse. La compagnie a déposé sa dernière offre le 23 mars et cette offre était toujours sur la table au moment où la négociation a été rompue. C'est malheureux, car si la compagnie avait pris la peine de répondre à la dernière proposition déposée par le syndicat en date du 8 mai, nous ne serions peut-être en grève en ce moment. En refusant à deux reprises de modifier son offre du 23 mars, toutefois, la compagnie ne nous a laissé aucun autre choix.
N'interprétez pas les propos de M. Green hors de leur contexte. S'il est sérieux lorsqu'il affirme que la compagnie est prête à reprendre des pourparlers constructifs à la première occasion, il n'a qu'à demander à ses négociateurs de préparer une contre-offre à notre proposition du 8 mai. À notre avis, cela serait propice à une reprise du dialogue. Pour éviter toute confusion, je compte faire parvenir une lettre à cette fin à la compagnie.
Continuez de veiller à votre sécurité, demeurez forts et restez unis.
Bill Brehl
Président
CFTC DPEV
|
|
|